Dialogue et récit : la fonction de la raison (3)
Aucune fonction, c’est le constat distancié que peut faire au moins l’une des héroïnes de la saga interplanétaire.
Aucune fonction, c’est le constat distancié que peut faire au moins l’une des héroïnes de la saga interplanétaire.
Les deux femmes ne peuvent plus avoir recours à la raison, pensent-elles, car elles n’accordent plus à celle-ci aucune fonction : ni politique, ni pratique, ni pure.
Elles n’éprouvent pourtant pas la sensation d’être − égarées. Rien de la peur du néant (intersidéral, épistémologique, existentiel, religieux, etc.) ne les atteint.
Ce qui les effraie le plus, c’est la ressemblance de ce monde avec celui qu’elles ont connu sur leur propre planète.
[...]
On peut se consoler avec la philosophie, la physique, la religion, les mathématiques.
Par exemple, on peut s’interroger sur : les cas bien identifés où la conclusion ne s’ensuit pas des prémisses, même si celles-ci sont vraies.
Tous les Grecs sont des hommes
Socrate est un homme
Socrate est un Grec
Super inférence.
Mysticisme, rationalisme et romantisme.
— Pfffffff (disent-elles en observant cette planète où toute sphère est par nécessité ovoïde).
Les deux femmes peuvent bien se rappeler les principes à mettre en œuvre dans leur mission interplanétaire (cela ne doit pas être négligé) : ne pas se mettre en colère.
Après avoir tenté d’interposer toutes les trames errantes de leur argumentation, elles ne peuvent pourtant plus que : s’épuiser dans la mélancolie.
Toujours en transit interplanétaire effervescent, les deux femmes ont décidé que l’hypothèse suivante serait celle de la nostalgie.
En effet, connaître, conséquence épistémologique de la croyance dans l’acte de voir, ne peut préalablement passer que par le filtre du passé. Elles s’exposent alors forcément aux pires tourments, aux pauvres serments terriens.
Après ce spleen solitaire et silencieux, les deux femmes décident de chercher à voir.
Cependant, elles se rendent compte de la difficulté de leur démarche. Bien sûr, une fois encore, la situation mérite attention.
En des temps anciens, on avait légiféré sur la façon de voir, celle-ci étant toujours corrélative de la façon de croire. À tel point qu’il était nécessaire d’avoir un jour, dans une vie de croyant, vu les saintes reliques, éparpillées en terre chrétienne, pour atteindre la vérité. L’Image divine est témoin et se voit et, en cela, elle est vénérée.
Bien sûr, les deux femmes savent aussi que le jour où cette iconolâtrie fut remise en question, voir est devenu connaître [...]
Seules, pensent-elles, dans ce monde effervescent.
« Encore un peu, un temps infime, et vous ne me verrez pas ; mais un peu de temps, et vous me verrez. »
Ce sermon résonne dans leur esprit comme une énigme. Or il se poursuit ainsi : l’œil ne souffre rien d’étranger en lui [...]
Troisième hypothèse alors que les deux précédentes avaient des prémisses fausses, générant des usages faux. Les deux femmes s’aperçoivent qu’il est inutile de combattre contre la tendance suivante : s’intéresser à ce qu’on est seul à saisir [...]
[...] Qui n’ont pas su tourner la page.
Errantes dans le néant qui est, les deux femmes tentent une autre hypothèse : le néant ne serait peut-être existant que pour elles seules. L’invention de Morel leur revient en mémoire, et soudain, elles voient que tout se répète indéfiniment et presque nécessairement.
Comme frapper dans une balle sur un court de tennis, remplir un cahier de notes pour en recommencer un autre, comme les idées qui défilent et qu’aucune ne vient se fixer dans un entendement malade. Comme observer la régularité d’un cristal et ne jamais y trouver le moindre défaut, et pourtant toujours poursuivre l’observation. Toujours pousser la porte alors qu’il suffit de la tirer pour l’ouvrir.
Comme mues par des pensées vaines, les deux femmes s’avancent dans l’univers effervescent.
Plusieurs problématiques se présentent pourtant à leur esprit (elles ont passé l’épreuve du jetlag, toujours épuisant) : je suis dans un monde semblable au mien, pierre et bois, métal et circulation, et pourtant je ne peux l’appréhender, tout ce que je tente de toucher se délite dans mes mains. Ni pierre, ni bois, ni vent ni eau. D’où vient le défaut de ce monde ?
Elles tentent une équation dialectique : le défaut de ce monde est que c’est ce qui relève du néant qui est. Pierre et bois sont néant, le néant est pierre et bois.
Cela n’est pas sans leur rappeler ces débats qu’elles eurent, pendant leurs années de formation intellectuelle, sur l’incompatibilité des choses spirituelles et des choses corporelles.
Cependant, à plusieurs milliers d’années-lumière de la Terre, elles ne peuvent se résoudre à l’hypothèse du néant. [...]
Donc les deux femmes intègrent la planète virtuelle presque sans le percevoir. Elles entendent des propos lancinants (« I go and I come between you ») mais elles ne peuvent pas les traduire.
De cette langue imcompréhensible que, pourtant, elles croyaient a priori comprendre, elles réalisent progressivement que seule l’image peut la décrire. Mais en voulant accorder aux images une valeur symbolique expressive (mais bien sûr, c’est la praxis qui donne leur sens aux mots), elles s’égarent dans des débats esthétiques vains, du genre : un décor peint médiocre, dans une scène de théâtre ou de cinéma, est-il meilleur qu’un véritable paysage, qui viendrait détourner l’attention du propos ? (bof)
[...]
Les deux femmes atterrissent en drone sur la planète effervescente effacée des archives terrestres.
Le ciel étrange et la lune non sphérique ne les effraient pas. Habituées aux hallucinations visuelles, elles considèrent qu’il est plus facile de savoir quelque chose et d’agir en ce sens que de faire en sorte de ne pas savoir.
Mais les deux femmes ignorent encore tout de ce qui les attend. Elles sont en effet tombées dans un univers, ignoré même de l’astronomie (science morte), où l’on ne mesure ni le temps ni la substantialité. Un monde virtuel, dit-on banalement aujourd’hui.
Donc, ni conscience subjective ni conscience objectale. Termes obsolètes, comme le reste. Et encore, tout ça n’est pas bien compliqué. Il suffit de dire que ni l’espace ni le temps n’ont de signification.
Donc, un monde d’identités virtuelles pour ne plus se focaliser que sur les silhouettes. Enfin, les shapes (« avatars » en français).
[...]
Il y en a tant sur terre.
Mais envie de quoi ?
Il n’y a qu’à soulever le message envoyé pour voir qu’il suffit de le déchirer pour voir les petits morceaux de papier tomber lentement et toucher le sol sans faire de bruit.
Non. Il n’y a qu’à soulever le message envoyé pour et voir qu’il suffit de le déchirer pour et voir et que les petits morceaux de papiers tombent lentement sur le sol sans faire de bruit.
Il n’y a qu’à soulever le message envoyé pour voir qu’il suffit de le déchirer et voir les petits morceaux de papier tomber lentement et toucher le sol sans faire de bruit.
Il n’y a qu’à soulever le message envoyé pour voir qu’il suffit de se le déchirer et que les petits morceaux de papier tombent lentement et touchent le sol sans faire de bruit.
Il n’y a qu’à soulever le message envoyé pour voir qu’il suffit de le déchirer et regarder les petits morceaux de papier tomber lentement et toucher le sol sans faire de bruit.
Flashback : une femme terroriste nymphomane est poursuivie par deux autres femmes dont l’une est agent secret et l’autre incommodée par un invité indésirable dans un épisode ultérieur.
Après une poursuite dangereuse, les deux femmes parviennent à neutraliser la femme terroriste au péril de leur vie ; la femme à l’invité, surtout, fait preuve de courage.
Encerclée par les policiers, la femme terroriste demande à ceux-ci de la conduire dans un lieu au nom étrange. Ce lieu, on le saura plus tard, est une planète qui a été effacée des archives terrestres car elle est entourée de gaz effervescents aux effets secondaires inconnus, notamment pour les astigmates qui ne peuvent identifier dans son ciel qu’une lune ovoïde.
Les deux femmes, ayant préparé leurs proches à leur départ — chacun réagissant avec une intensité dramatique différente — et transféré quelques ressources mystérieuses, décident de partir à la recherche de ce lieu.
Si ce qu’elles découvrent avant leur départ les bouleversent, la femme à l’invité est décidée à ne plus rien laisser de sa vie terrestre : la terroriste doit être poursuivie à tout prix.
Pour rejoindre la planète, elles embarquent sur un drone, plus économique.
Après un voyage interplanétaire de plusieurs dizaines d’années-lumière (les détails importent peu, l’astronomie étant devenue une science morte dans cette période de pénurie), les deux femmes atterrissent dans un monde presque semblable au leur, sauf qu’il est effervescent. Cela a quelque chose d’inquiétant.
Cependant, les deux femmes ignorent qu’elles sont attendues. [...]
Plutarque dit : l’orateur Papius Pison, ne voulant pas être dérangé, avait ordonné à ses domestiques de parler seulement quand on leur posait une question. Un jour, voulant faire honneur à Claude alors au pouvoir, il le fit inviter. À l’heure convenue, tous les autres convives étaient là, seul Claude se faisait attendre.
Pison envoya à plusieurs reprises le domestique chargé des invitations et lui demanda :
« Eh bien, tu l’as invité ou non ?
— Mais oui !
— Pourqui n’est-il pas venu ?
— Parce qu’il a décliné.
— Pourqui donc ne l’as-tu pas aussitôt annoncé ?
— Parce que tu ne l’as pas demandé. »
Ce qu’on aurait pu aussi ajouter aux remèdes : par exemple, le personnage regarde hors-champ.
Propos silencieux, optiques, pathétiques, de qui regarde, par exemple, derrière la vitre d’une portière de voiture (ce qui n’est pas tout à fait exact, puisque le personnage, qui n’est pas seul, parle et qu’il s’agit du pare-brise).
A priori, c’est chiant.
Comme ça c’est a priori kitsch.
Mais là, on y reviendra plus tard. Parce que là, c’est trop tard.
Pour transcender l’aphasie, il faut bien sûr se déshabituer des mots. Plusieurs méthodes sont possibles.
Regarder un tableau et en isoler un plan :
L’imagier, mais c’est un peu enfantin :
L’allégorie, d’où on peut se contenter de tirer une leçon sans réfléchir :
Le détail, mais là on risque de ne rien comprendre à l’ensemble :
Finalement, tout cela n’est pas facile. Les gens parlent trop pour ne rien dire.
Ça c’est un vrai problème.
Alors qu’il faut maintenant penser en termes d’isegoria car, tout le monde le sait (je veux dire, ceux qui ont regardé la TV) : c’est le retour du droit de parole.
Oui. Mais alors que je souhaite prendre mon droit de parole, voilà que me saisit une sorte d’aphasie antonionesque (celui qui dit : le silence comme la dimension négative des mots).
Zemblanity : the faculty of making unhappy, unlucky and expected discoveries by design.
W.B.
On sait déjà que penser est difficile. Que regarder est difficile. Car un regard soutenu est difficile.
Et pourtant, on peut regarder de manière soutenue, et ne rien voir, ou croire toujours voir quelque chose bien que l’on ne puisse rien voir clairement. On peut se fatiguer de regarder, même quand on ne voit rien.
Car il montre encore une fois que si les existants sont multiples, ils doivent être à la fois limités et illimités.
Si les existants sont multiples, il est nécessaire qu’il y en ait autant qu’il y en a, c’est-à-dire ni plus ni moins. Or s’il y en a autant qu’il y en a, ils sont limités en nombre. Si les existants sont multiples, ils sont illimités. Car il y aura toujours d’autres existants entre les existants, et de nouveau d’autres existants entre ceux-ci. Par conséquent, les existants sont illimités.
L’autopsie clinique du corps, au service de l’art qui veut nous faire peur (c’est lui qui le dit).
Mais en réalité, il est seulement question, au sujet de ce corps, de faire le récit intérieur, jusqu’à finalement n’en montrer que les restes précieux : dépouille, prisonnière de l’ordre symbolique, et dont on perçoit toute l’obscénité par un simple effet de langage (Le Jardin des délices, 1504).
Une nuit où je dois être stoïque, je suis en colère.
− N’insistez pas, ma chère. (…)
Là dessus, elles restèrent silencieuses (…). Elles entendaient au loin, dans les rues, les pneus se dégonfler lentement dans la nuit. Par la fenêtre entrouverte, elles voyaient la lune scintiller sur le gril d’une antenne de TV en ne faisant que très peu de bruit.
− Alors je mets ma veste vert pomme avec la jupe orange et citron (…) ?
Lorsqu’on boit de l’eau ou qu’on s’exerce à une pratique de ce genre, on ne perd pas une occasion de dire à tout le monde : « Je bois de l’eau ».
Donc, franchement, bois-tu de l’eau pour boire de l’eau ? Rien à dire d’autre que : s’il t’est utile d’en boire, bois-en ! Sinon, tu agis d’une manière ridicule.
Mais si cela t’est utile et si tu en bois, alors tais-toi devant les gens qui ont de l’humeur contre les buveurs d’eau.
Mais quoi ?? Est-ce donc à eux que tu veux plaire ??
Indifférent se dit en deux sens : en un premier sens, c’est ce qui ne concourt ni au bonheur, ni au malheur (…). En un autre sens, indifférent veut dire ce qui ne met en mouvement ni inclination, ni répulsion, comme d’avoir sur la tête des cheveux en nombre pair ou impair, d’étendre le doigt ou de le plier.
Ainsi, je peux dire : « Je déteste le saucisson des Abruzzes. » Ou « Je trouve un peu fades les tomates de Marmande. » Ou « Je n’aime finalement que le Waterzooi et le Oudse Gouda ». Mais cela importe peu, vraiment , car en réalité, je ne fais que me raconter des histoires.
Que peut-on faire le week-end ?
On peut regarder ce qui se passe là.
On peut faire des expériences physiques.
On peut faire des expériences perceptives.
On peut faire des expériences pour valoriser son potentiel d’innovation photo-numérique.
On peut faire des expériences chimiques et parfois on aime bien.
On peut faire d’autres expériences visuelles mais on ne peut pas toujours identifier le référent.
Heureusement, tout jugement de goût est universel et subjectif.
« Ce que nous avons vu et pris, nous le laissons, ce que nous n’avons ni vu ni pris, nous l’emportons. »
Alors, qu’est-ce qu’on attend pour aller au zoo?
Enfin, je veux dire, dans l’arène.
Bouhhh, j’ai peur.
Récréation sur les pronoms personnels : remplacer dans ce texte d’auteur librement interprété la deuxième personne du singulier par ce qu’on veut.
« Toute souffrance vient de l’amour et du fait qu’on s’attache aux choses éphémères. Si donc je souffre au sujet des choses éphémères, c’est que mon cœur aime et chérit encore les choses éphémères, que je ne suis pas encore attaché à toi de tout mon cœur et n’aime pas encore ce que tu veux que j’aime en même temps que toi. Quoi d’étonnant, donc, si tu m’infliges chagrins et pertes ?
(…) Tout ce qui est étranger à toi, différent de toi, et qui n’est pas uniquement toi-même, doit être, non pas une consolation, mais une peine. Sans cesse, il faut se dire : (…) Si tu me renvoies à autre chose que toi, donne-moi un autre toi-même, afin que de toi je revienne à toi, car je ne veux rien d’autre que toi.
(…) Sénèque, un maître païen, demande : “ Quelle est la meilleure consolation dans la souffrance et la tribulation ? ” Et il répond : “C’est que l’être humain accepte toutes choses, comme s’il les avait désirées et sollicitées. ” »
Bon, ça suffit.
Admettons, avec ce philosophe, que regarder est difficile (« le concept de la représentation de ce qui est vu, comme de la copie, est très élastique, et avec lui le concept de ce qui est vu »). Alors il est encore plus difficile de voir une signification…
Donc, on enseigne à l’ignorant ce que c’est conceptuellement qu’un canard. Par ailleurs, on lui enseigne le concept de suffisance. En effet, l’ignorant, en disant qu’il voyait bien cette représentation comme autre chose, entendait-il que le lapin regardant vers la droite avait comme un air suffisant ?
Car, les oreilles à l’horizontale, légèrement écartées, le cou tendu et l’oeil qui vise un point de fuite vers la droite, ce lapin a bien un regard suffisant.
…
On peut envisager une autre aberration : comment quelqu’un qui sait ce qu’est un lapin, mais pas un canard, voit-il le dessin du lapin-canard ? Ou plutôt comment voit-il le canard ? Ou comment ne le voit-il pas (pour des raisons évidentes) ?
Donc, étant donné ce qu’il sait du lapin : mammifère lagomorphe, avec des grandes oreilles, etc., à quoi on peut ajouter que cet animal, de la famile des léporidés, est un herbivore de petite taille (de 12 à 80 cm de long), à la queue courte ou rudimentaire, recouvert d’une fourrure dense à bourre épaisse et dont la couleur peut varier selon les saisons ; son museau, doté de nombreuses vibrisses, comporte toutefois une zone de peau nue (rhinarium) entourant les narines et s’étendant jusqu’à la lèvre supérieure, qui est fendue en son milieu ; ses dents, entièrement recouvertes d’émail, ont une croissance continue : les deux paires d’incisives supérieures sont placées l’une en arrière de l’autre, celle de devant étant plus longue ; il n’y en a qu’une seule paire sur la mâchoire inférieure ; les canines sont absentes ; la mastication se fait avec des mouvements latéraux de la mandibule.
Cet animal possède des doigts (5 à l’avant, 4 à l’arrière) munis de griffes.
Une fois qu’on lui aura appris ce qu’est un canard — id : lié au milieu aquatique (eaux douces, saumâtres ou marines), le canard niche en général au sol, au bord de l’eau (visualiser là) ; toutefois, certains s’installent sur les arbres ou dans des troncs creux ; palmipède, il a les 3 doigts antérieurs réunis par une palmure tandis que le quatrième, plus petit et attaché en arrière, reste libre ; son bec, large, plat et au bout arrondi (sauf chez les harles), est recouvert d’une peau molle sauf à son extrémité, qui présente un onglet corné riche en corpuscules tactiles ; la mandibule est bordée de protubérances de forme variable selon les espèces : chez les canards de surface, ce sont de fines lamelles transversales qui permettent à ces oiseaux de se nourrir en filtrant les particules présentes dans la vase des étangs et des rivières (et encore on ne lui a pas dit que le canard colvert, par exemple, présente un dimorphisme sexuel accentué: la femelle est brune, le mâle a la tête et le cou vert bouteille, un étroit collier blanc et la poitrine rousse) — « l’ignorant » aura beau déclarer : « Je le voyais bien également comme autre chose ! », quel crédit peut-on apporter à cette affirmation ?
…
Après ces digressions un peu futiles, revenons-en au canard (avec étude sociologique de terrain). Ou plutôt au lapin.
Le canard a ceci de différenciant avec le lapin, outre le fait que le terme «canard» désigne un très grand nombre d’espèces d’oiseaux ansériformes, qu’il appartient à la famille des Anatidés : les canards proprement dits constituent le genre Anas, qui sont des canards de surface, c’est-à-dire qu’ils ne s’immergent pas ; ils se contentent de barboter, c’est-à-dire qu’ils basculent l’avant-train dans l’eau.
En comparaison, le lapin, mammifère lagomorphe, possède par rapport au lièvre la caractéristique d’être doté d’oreilles, qui, repliées vers l’avant, ne dépassent pas l’extrémité du museau (visualiser). Par rapport au canard, on peut observer, en guise de remarque prélimimaire, qu’ils se tournent mutuellement (?) le dos.
Déduire de cette première observation que lapin et canard sont antagonistes est une aberration scientifique.
Art Make-up 1, ou Art make-up 2, ou encore.
Ou bien :
“Thank you thank you thank you thank you …”
“Think think think think think …”
“You may not want to be here.”
“OK OK OK OK OK OK…”
“It was a dark and stormy night. Three men were sitting around a campfire, One of the men said, ‘Tell us a story Jack.’ And Jack said, ‘It was a dark and stormy night. Three men were sitting around a campfire. One of the men said, ‘Tell us a story, Jack’… “
“Work work work work work …”
“Live and Die, Die and Die, Shit and Die, Piss and Die…Fail and Live, Smile and Live, Think and Live, Pay and Live …”
“I’m having fun, you’re having fun, we are having fun. This is fun. I’m bored, you’re bored, we’re bored, life is boring. I’m boring, you’re boring, we’re boring, this is boring.”
“Get out of my mind, get out of this room.”
“His precision and acuity left small cuts on the tips of my fingers or across the backs of my hands without any need to sit or otherwise withdraw.”
“Feed me, eat me, anthropology … help me, hurt me, sociology … feed me, help me, eat me, hurt me.”
Bruce Nauman, Get out of my Mind.
Attester de la «véracité de l’image», démultiplier son pouvoir fétichiste, ne contrarier la frénésie du voir par aucune velléité formelle. Jouer sur les mêmes fantasmes voyeurites du spectateur par l’exhibition publique de l’intime, de ce qui habituellement ne circule que dans un cercle social restreint (album de famille par exemple). Voyeurisme et «objectification du sujet», qui ne peut se réaliser, dans ces simulacres de récit personnel où l’identité mise en abîme est autant celle de «moi» que d’anonymes, sans une identification.
Voilà, c’est dit, c’est fait, si nous passions maintenant à tout autre chose.
Une pause ici et basta.
On peut maintenant oublier l’amour de l’amour. En effet, dans ce cas, il s’agissait simplement d’une perversion, d’une banale objectification de l’amour.
Dialectique médiévale : plus une chose ressemble à une autre, plus rapidement elle s’élance vers l’autre.
De même, plus elle s’éloigne d’elle-même et de tout ce qui n’est pas ce vers quoi elle se hâte, plus elle devient dissemblable à elle-même et à tout ce qui n’est pas son objet, et dans cette même mesure elle devient durablement plus sembable à ce vers quoi elle se lance.
Dans un autre registre : Ceux qui cherchent avec leurs œuvres, ceux qui agissent pour un pourquoi , ce sont des serfs et des mercenaires.
Franchement, autant poursuivre sur les chemins tortueux de la dialectique hystérique : là.
Le premier plan montre un homme enlaçant une femme qui lui avoue sa tristesse. Puis un autre plan : une femme, plus âgée que la précédente, lit une lettre en compagnie d’un autre homme. Les mots suscitent le trouble en elle.
La femme plus âgée, chez elle, au téléphone. Elle parle sur un ton autoritaire à son interlocuteur. Elle s’habille, sort et commande un taxi-moto. Sur le périphérique, elle critique la vélocité du taxi. Enfin arrivée à l’aéroport, elle emprunte un escalator et parcourt un long tapis roulant. Il y a une ellipse temporelle : elle se trouve maintenant face à quelqu’un en contrechamp. Ellipse temporelle : elle tend un verre à quelqu’un et lui ordonne de boire.
Changement de lieu, on aperçoit des personnages féminins qui manipulent un tuyau d’arrosage. En séquence parallèle, deux personnages observent des animaux en cage.
Plus tard, dans la soirée. Les mêmes personnages discutent, assis dans un grand canapé. Ils parlent d’esthétique. Une femme sombre dans les apories du romantisme kantien. Mais l’hôtesse est fatiguée et voudrait être seule. Un personnage masculin intervient. Sous l’emprise de l’alcool, il provoque l’assistance. Au fond de la pièce, assise dans un grand fauteuil, une autre femme paraît scandalisée par les propos de l’homme ivre. Une autre, encore, est endormie et rêve.
Comme excité par les émois de l’assistance, l’homme ivre poursuit ses provocations. Mais l’hôtesse résiste et nie, elle-même emportée par la mécanique de la dialectique.
Incapable de réfréner son ivresse, l’homme poursuit son délire. L’hôtesse s’asseoit et, pour atténuer la tension, se plaint de douleurs lombaires.
Ellipse temporelle : l’hôtesse change de tailleur et élabore un plan d’attaque pour faire taire son invité indélicat. Elle décide de révéler l’aventure qu’elle a vécue la veille, avec sa meilleure amie.
Celle-ci, employée des services secrets, a repéré une femme terroriste grâce au témoignage d’une témoin de Jehovah. Elle décide de jouer l’épouse bafouée du moto-taxi, la femme terroriste ayant été identifiée comme nymphomane.
(…)
Il faut en finir avec la comédie des mots. D’ailleurs ils rendent fou.
« Il peut y avoir un vert bleuâtre, mais non un vert rougeâtre. »
Toutefois, ne pas décourager les photographes de l’anecdotique, qui ne peuvent exister que dans le monde des paradigmes mentaux privés.
Mais avant ça, un autre dit : nous devons montrer à ces philosophes qu’il existe une réalité immobile, et les en persuader.
H appelle dormeurs les artisans et coopérateurs de ce qui arrive dans le monde.
Je ne veux que ce qui arrive. Stoïciens
Le monde est tout ce qui arrive. Wittgenstein