Réplicateur 3

Sur cette planète ignorée de l’astronomie, aujourd’hui science morte, il semble que, par nécessité, ce qui est étonnement devient problématique. Si on s’élève un peu, on remarque pourtant que ce lieu au nom étrange, effacé des archives terrestres, est semblable en tout point à un monde qu’on aurait pu connaître, excepté la présence des deux lunes qui décrivent dans le ciel deux orbites hélicoïdales, alternant sans interruption, ainsi qu’un épais brouillard visible dans les couches supérieures de l’atmosphère.

D’où vient alors le défaut de ce monde ? La phase d’habituation peut être aléatoire, éternelle, jamais accomplie, mais inverser la tendance paraît concevable. Il faut convoquer beaucoup d’observations, des conjectures, des hypothèses. Pour commencer, se concentrer sur le détail, voire le fragment, pierre et bois, métal et circulation. Et remarquer qu’on ne peut l’appréhender car tout se délite littéralement sous l’effet du regard avant même qu’on ait pu toucher de ses mains. Ni pierre, ni bois, ni vent ni eau. Il semble impossible de maintenir le lien avec la matière complexe.

Il faut tenter aussi des équations dialectiques, par exemple le défaut de ce monde est que c’est ce qui relève du néant qui est. Pierre et bois sont néant, le néant est pierre et bois.

Cependant, à x milliards d’années-lumière de la Terre, à errer dans le néant qui est, il peut être difficile de se résoudre à l’hypothèse du néant.

[…]

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