Dialogue et récit : histoires de flux (6)

Il fallait que quelque chose arrive, créer l’événement pour ne pas laisser la volonté retomber. Pour cela il est nécessaire de saisir l’instant où l’effort de volonté s’effondre comme sous l’effet d’une pression une tension cédant trop brutalement pour annihiler l’intention préalable, quand il n’y a plus rien à faire que se relâcher et se maintenir dans un entre-deux, entre rien et quelque chose, qui occupe la place de l’événement.

Bien sûr ce moment particulier intervalle de temps plus ou moins bref a quelque chose d’économique, mais on peut le documenter.

Ainsi il y a quelques jours se rappeler la coïncidence de penser à quelqu’un le matin et d’apprendre l’après-midi qu’il était mort deux mois plus tôt. Parcourir à pied quelques kilomètres dans la ville, des trajets connus, presque quotidiens. La répétition ne doit jamais paraître monotone, au contraire elle permet de répéter les mêmes actions en les envisageant comme liminaires d’autres actions (pense-t-on quand on réfléchit à son inaction). Du coup, en contrepoint, observer d’un regard impuissant la banalisation de l’extraordinaire en lettres bâton scintillantes sur les murs de la ville.

D’abord descendre la rue en longeant la morgue.

Comme tous les matins, détourner les yeux vers l’autre côté du trottoir pour suivre une façade dont tous les détails sont mémorisés. Imprimerie Laser École supérieure de commerce et de management international. Au printemps regarder les balcons des étages supérieurs.

C’était le premier jour de l’année. Des pans entiers de la ville étaient somnolents. Se diriger vers la cathédrale, sous le pont qui enjambe le fleuve avoir dans la tête une chanson qui raconte des retrouvailles avec la ville.

Remonter le temps comme quelqu’un sur le point de mourir.