Albuquerque (2)

Non je connais pas Demain oui On peut y aller Je oui Je suis d’accord Tu On y va Je te Je dis OK Rendez-vous à À l’aéroport de Oui

 Albuquerque Free Way. Tu n’as qu’à prononcer ces trois mots pour qu’opère ce que tu appelles magie sans faire d’effort. Fais un effort svp je ne sais pas parle au moins de force créatrice du corps social, un truc comme ça.

 Et tu te retrouves au volant d’une automatique en mode cruise control. Tu vois il suffit de presser ce bouton, là sur le volant, tu roules tu atteins ta vitesse de croisière le système maintient un régime constant.
On fait ce qu’on veut maintenant. 75 mph pendant 250 miles.

Un jour quelqu’un m’a dit qu’on ne pouvait pas avoir le vertige en avion. Je n’en crois rien, moi j’ai eu le vertige dans un boeing. En regardant le fleuve au dessus de Saint Louis, le Missouri, ou le Mississippi. Tu sais aujourd’hui je m’en fiche.

(Même quand je marche je sens que je deviens un véhicule en mouvement, une machine roulante. Tu vois la rotation imperceptible de mes membres inférieurs ? Tu saisis l’impulsion motrice ? Tout mon corps vise cette unique action : entraîner une roue invisible. Un peu comme suivre le déplacement hypnotique des masses liquides sur une étendue d’eau, entendre la circulation du vent dans les arbres.)

 Tu te rappelles cet après-midi où on se promenait pour passer le temps, on avait trouvé par hasard le champ de courses, derrière la casse de voitures. On avait longé le chemin de fer, on fumait des cigarettes blondes qui nous enivraient de leur saveur douceâtre en avançant péniblement sur le ballast grossier de la voie. Il ne passait plus que des trains de fret, et on les entendait crisser au loin, chargés de poutres métalliques, sable, gravier, liquides inflammables dans leurs cuves en acier inoxydable scintillant tel un nuage de lucioles en plein jour, et quand ils arrivaient à notre hauteur on sautait sur le bas côté dans l’air poussiéreux et les grincements transperçaient nos tympans comme des pointes acérées.
On avait encore marché quelques kilomètres, traversé des terrains vagues à la périphérie des zones pavillonnaires. On regardait, par delà les portails peints en blanc, en vert, en bleu, les allées tirées au cordeau, les conifères japonais, les cerisiers en fleurs et des villas minuscules aux noms exotiques, Beira Mar, Petit Trianon, Paula Matos.
Ici, les vivaces ressemées, les rejets d’arbustes des jardins se combinaient aux herbes folles, et dans les broussailles épineuses se profilaient des châssis écrasés, ailes déformées, capots pliés, jantes, enjoliveurs de roue, embouts de pare-chocs chromés (plus rarement en polyéthylène haute densité), découpes de tôle rouillée ou en phase d’oxydation après les pluies d’hiver, mais rien de récupérable.
Les flaques d’eau sale brillaient au soleil.

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