Workers Union (2)

Il avait rapidement atteint l’hinterland, zone quadrillée de canaux dont les eaux grises et sales se déplaçaient comme une seule masse, tirées par un faible courant drainant toute sortes de débris (bouteilles en plastique, morceaux de bois, matière minérale ou organique en suspension, rats morts gonflés comme des outres traçant des lignes mouvantes et éphémères dans les nappes d’huiles et de graisses flottant à la surface). Il se rappela ce rêve désagréable qu’il faisait à intervalles réguliers : il nageait (se noyait ?) dans les flots fétides (presque noirs, bouillonnants d’une écume aux fins chapelets de bulles) d’un ruisseau collecteur d’eaux usées aux parois parfaitement incurvées.
Il franchit une passerelle métallique rouillée qui n’avait qu’un seul garde-corps puis longea une voie à grand gabarit sur des quais plus ou moins aménagés : postes d’amarrage pour automoteurs et convois poussés, bancs en teck huilé en attente de promeneurs hypothétiques, silos de stockage déversant en continu des tonnes de béton dans les camions malaxeurs stationnés en file indienne (il se figurait assez nettement la vis géante à l’intérieur du réservoir, tournant dans un mouvement hélicoïdal infini). Sous les voûtes des ponts, il se dit que les concrétions de calcaire noirci n’avaient qu’une vague ressemblance avec des stalactites.

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