Dialogue et récit : poursuite de vent (2)

Dans ses bras l’enfant était mort car on ne prenait plus soin de rien, on n’avait plus de roi pour sauver ce qui restait. La concupiscence de la mort triomphait seule sur la plaine aride balayée par les vents humides et salés.

À la croisée des chemins, on rencontrait des êtres difformes, bêtes de foire, monstres aux pieds bots, culs de jatte, colporteurs boiteux, chiens errants aux crocs menaçants portant des colliers à pointes, progénitures dénaturées, aveugles dont les yeux exorbités laissaient deviner la bile jaune qui les rongeait de l’intérieur. Les herbes des champs étaient géantes mais leurs tiges noires et sèches, et sur les places des villages même les bonimenteurs avaient des voix graves, les fanfares ne jouaient plus que des airs mélancoliques sur des instruments mal accordés. On regardait, immobile, les jongleurs lancer leurs quilles comme des automates. On était sous l’influence d’un philtre étrange et maléfique.

Adaptation Studies

 grimaces

L’autopsie clinique du corps, au service de l’art qui veut nous faire peur (c’est lui qui le dit).

Je ne veux rien entendre

femme-cochon Mais en réalité, il est seulement question, au sujet de ce corps, de faire  le récit intérieur, jusqu’à finalement n’en montrer que les restes précieux : dépouille, prisonnière de l’ordre symbolique, et dont on perçoit toute l’obscénité par un simple effet de langage (Le Jardin des délices, 1504).