Isegoria

Ils s’étaient jetés sur lui et avaient déchiré ses vêtements. Il se trouva nu.
‒ Croyais-tu que nous allions rester encore longtemps sans rien faire, à t’observer sans rien dire ?
‒ À mort !
‒ Pensais-tu pouvoir t’enrichir et profiter de tout impunément ?
‒ À mort ! Oui, à mort !
Les prédicateurs de la mort : le cyclope et sa fille, qu’il engendra seul, monstre biface (hydre d’un côté et harpie de l’autre), exhalant son poison dans un ricanement hystérique en agitant ses cheveux jaunes hirsutes d’où jaillissent des flammèches, hypnotisant de son regard blanc et de son corps androgyne (ou plutôt asexué, sans détail marquant sinon la rugosité des formes, capable d’ensorceler dans le même temps le mâle bas sur pattes essoufflé par ses aboiements inutiles et la femelle frustrée, aux muscles tendus et à la peau humide) une meute de loups au pelage gris foncé s’abritant derrière eux, éructant, hurlant dans l’attente du dépeçage.
‒ Oui, à mort ! Car il en va de notre ripaille.
‒ À mort ! Ce qui nous appartient doit nous revenir.
‒ À mort !

Dialogue et récit (12) : l’obstacle

Mysticisme, rationalisme et romantisme.
— Pfffffff (disent-elles en observant cette planète où toute sphère est par nécessité ovoïde).

Les deux femmes peuvent bien se rappeler les principes à mettre en œuvre dans leur mission interplanétaire (cela ne doit pas être négligé) : ne pas se mettre en colère.
Après avoir tenté d’interposer toutes les trames errantes de leur argumentation, elles ne peuvent pourtant plus que : s’épuiser dans la mélancolie.

Dialogue et récit (9) : le spleen solitaire

Seules, pensent-elles, dans ce monde effervescent.
« Encore un peu, un temps infime, et vous ne me verrez pas ; mais un peu de temps, et vous me verrez. »
Ce sermon résonne dans leur esprit comme une énigme. Or il se poursuit ainsi : l’œil ne souffre rien d’étranger en lui […]

spleen 

Dialogue et récit (6) : ni figure intérieure ni figure extérieure

Comme mues par des pensées vaines, les deux femmes s’avancent dans l’univers effervescent.

Plusieurs problématiques se présentent pourtant à leur esprit (elles ont passé l’épreuve du jetlag, toujours épuisant) : je suis dans un monde semblable au mien, pierre et bois, métal et circulation, et pourtant je ne peux l’appréhender, tout ce que je tente de toucher se délite dans mes mains. Ni pierre, ni bois, ni vent ni eau. D’où vient le défaut de ce monde ?
Elles tentent une équation dialectique : le défaut de ce monde est que c’est ce qui relève du néant qui est. Pierre et bois sont néant, le néant est pierre et bois.
Cela n’est pas sans leur rappeler ces débats qu’elles eurent, pendant leurs années de formation intellectuelle, sur l’incompatibilité des choses spirituelles et des choses corporelles.

Cependant, à plusieurs milliers d’années-lumière de la Terre, elles ne peuvent se résoudre à l’hypothèse du néant. […]